[CRITIQUE DE FILM] Interstellar

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Pour ma première critique de film, j’ai décidé de m’attaquer à un très gros morceau, car il ne s’agit ni plus ni moins d’Interstellar de Christopher Nolan. BOOM Baby !

Interstellar sort en Blu Ray et DVD le 31 mars 2015. Pour l’occasion, je me suis enfin décidé à livrer ma critique sur ce film somptueux, et j’ai beaucoup de choses à dire !

Pardonnez d’ailleurs la longueur de cet article, je promets désormais de m’évertuer à faire bien plus court, mais pour un film qui est directement arrivé au top 3 de mes films préférés, il fallait que je m’explique !

En préambule, je précise que j’ai précommandé son Coffret Collector exclusif à la Fnac, comme je l’ai précisé dans l’article sur l’état de mes précommandes. A ce jour, le coffret et le steelbook sont en rupture de stock, mais vous pouvez précommander le DVD ou le Blu Ray en édition simple.

Interstellar est un film de science-fiction, je dirais même de hard sci-fi, réalisé par Christopher Nolan, réalisateur de la superbe trilogie The Dark Knight, mais surtout de l’immense Inception.  Et là où ce dernier analysait presque froidement la dimension temporelle, le temps a encore un rôle central dans Interstellar, mais traité à la fois avec émotion et théories scientifiques les plus folles.

Dire que j’attendais impatiemment la sortie de ce film est un charmant euphémisme. Ces douze derniers mois, il est le seul à m’avoir motivé non seulement à aller au cinéma, mais aussi à aller le voir le jour de sa sortie. C’est pourquoi, il me paraît tout à fait honnête de vous confier que je suis un grand admirateur de Christopher Nolan, et que je suis un passionné d’astronomie mais aussi de science-fiction. Par conséquent, ma critique n’a pas pour but de donner un avis impartial, mais au contraire de faire part de tout ce que j’ai pu ressentir à travers le film avant, pendant et après le visionnage.

Avant le visionnage ? Certes, il ne s’agit pas là d’un avis spécifique, mais d’une mise en situation qui a commencé dès le lancement de la dernière bande-annonce avant la sortie en salle, rythmée par les notes de piano de Thomas Bergersen pour son superbe Final Frontier.

Jusque là, les seuls indices que nous avions du scénario nous conduisaient vers une exploration spatiale au-delà de nos frontières. Le titre parle de lui-même, de toutes façons. Qu’importe, la dernière bande-annonce nous donnait déjà un peu plus de détails sur le background, l’état de notre planète, les solutions apportées par le voyage interstellaire et surtout, elle nous permettait de découvrir un peu plus le « menu spatial », ainsi que quelques petites révélations sur l’équipage. En effet, jusqu’alors, les précédentes bandes-annonces gravitaient davantage autour du cocon familial que s’apprêtait à laisser le personnage central du film, Cooper, superbement interprété par Matthew McConaughey (pléonasme, car il sublime n’importe quel rôle !).

Et si j’ai cité la musique Final Frontier, ce n’est pas par hasard, car elle m’a réellement apporté la sensation qu’une aventure spatiale et envoutante était sur le point de commencer, avec une sonorité proche de Geodesium (les amateurs de New Age type planétarium doivent savoir de quoi je parle).

En outre, la bande-annonce n’était bien évidemment pas la seule raison de mon impatience, même si elle avait parfaitement accompli sa mission. Non, en premier lieu, comme je l’ai indiqué, c’est Christopher Nolan qui est aux commandes, lui qui a l’étoffe d’un grand réalisateur, aussi bien capable de retranscrire à merveille un univers déjà connu (la trilogie The Dark Knight) qu’une histoire totalement nouvelle, je pense notamment à Inception, avec lequel il nous a prouvé :

  • Qu’un film n’étant pas une suite ou un préquel peut être un succès critique ET commercial.
  • Qu’un film d’action peut être un film intelligent, et intelligemment réalisé.
  • Que n’importe quel grand acteur veut / doit (au choix) travailler avec lui.

Concernant les films à succès critiques et commerciaux n’étant pas des suites ou tirés de licences, on pourrait aussi parler d’Avatar et Titanic, les deux plus gros succès de tous les temps, mais au-delà d’une mise en scène relevant du génie Cameronesque, j’attire l’attention sur le fait que la structure des deux scénarios n’a pas fait l’objet d’autant de soin que ce dont est capable de nous apporter Nolan, en ce sens que :

  • Titanic = au début on fait la fête, il y a une histoire d’amour entre une riche dépressive et un pauvre optimiste, et paf, l’iceberg.
  • Avatar = l’armée débarque pour conquérir les Amériques, il y a une histoire d’amour entre John Smith et Pocahontas, et paf, l’arbre Na’vi.

Cela dit, ces deux films restent géniaux, doit-on le prouver ? Mais ce qui fait davantage leur force que le scénario basique et sa structure archi-simple, ce sont l’imagination sans limite et l’œil perfectionniste que James Cameron met au service de la mise en scène. Cet aparté étant terminé, je reprends ma critique.

Donc, premier argument de poids : Christopher Nolan.

Ensuite, vient le casting : Matthew McConaughey, génial acteur qui a commencé sa carrière en dents de scie (on lui aurait bien épargné des rôles tels que celui de Dirk Pitt, héros de la série de romans de Clive Cussler, dans l’adaptation très dispensable Sahara) a su, depuis ces dernières années, choisir ses projets avec éclectisme, oscillant subtilement entre tous les genres, du drame historique à la comédie romantique, en passant par la génialissime série True Detective. Et s’il faut reconnaître qu’il a déjà fait un détour par la science-fiction avec le bon mais –nul ne le dira jamais assez, mésestimé Contact de Robert Zemeckis, Interstellar constitue là la quintessence de ce que la science-fiction pouvait lui offrir, nous reviendrons dessus plus tard.

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Néanmoins, il n’est pas le seul élément intéressant du casting. On retrouve également Michael Caine (comme d’habitude !), la belle et extraordinaire Anne Hathaway, la non moins extraordinaire Jessica Chastain, mais aussi des bonnes surprises telles que John Lithgow, Topher Grace et…Matt Damon ! Le secret de casting le mieux gardé de ces dernières années, probablement ! Mais je reviendrai sur leur interprétation un peu plus tard.

En sus d’un casting varié et parfaitement choisi, vient également un nom récurrent dans la filmographie de Nolan, je parle du compositeur Hans Zimmer. Là, on peut se dire que la prise de risque est à zéro, tellement ce choix manquait un peu de peps sur le papier. Je ne dis pas que les compositions de la trilogie The Dark Knight ou celles d’Inception ne sont pas bonnes, loin de là, elles sont même excellentes, mais bien que Hans Zimmer n’ait plus ses preuves à faire, force est de reconnaître que cela fait deux bonnes décennies au moins qu’il ne verse plus dans l’originalité. Mais inutile de vous dire que cette appréhension n’a été que de courte durée, car dès les premières notes que l’on entend dans le film, on est transporté, et on n’a plus qu’à attendre la suite d’un voyage spatial qui va nous subjuguer. Je n’ai d’ailleurs jamais vu Zimmer aussi inspiré pour un autre film, car il maîtrise ici, aussi bien le drame que le grand spectacle et surtout, le mystère (ceux qui connaissent le titre Mountains et le replacent dans le film savent de quoi je parle !), et là où je n’attendais pas grand chose de lui, je me suis retrouvé subjugué face à sa musique, l’une des meilleures BO de films de ces dernières années !

La piste Mountains, écoutez les deux premières minutes, durant lesquelles cette étrange sonorité, reprenant le son d’une horloge, joue avec le temps !Un masterpiece d’Hans Zimmer !

Par conséquent, de nombreux éléments permettaient déjà d’espérer l’excellence, hé bien je me suis trompé. Le film n’est pas excellent, il est bien meilleur que cela !

Tout d’abord, il convient de commencer par un bref résumé : l’être humain a épuisé toutes les ressources de la planète, ce qui nous amène à un contexte post-apocalyptique. Le seul espoir de survie de l’humanité est d’envoyer une expédition spatiale à la recherche de mondes habitables, en passant par un trou de ver qui est apparu dans le système solaire.

Un scénario simple qui bénéficie pourtant d’une structure solide, d’une mise en scène subtile et intelligente et d’un souci de cohérence qui tend à s’approcher le plus possible d’une hypothétique anticipation réaliste.

Et après tout, le scénario de 2001, Odyssée de l’espace n’est-il pas, lui non plus, d’une simplicité déconcertante, si on y réfléchit bien ? Une équipe scientifique découvre sur la Lune un monolithe qui envoie un signal plus loin vers Jupiter, et une expédition spatiale y est envoyée pour enquêter. Et c’est à partir d’un pitch de départ aussi simple, aussi linéaire, que Kubrick complexifie l’histoire en commençant par brouiller les pistes à travers son étonnante introduction, et en s’arrêtant sur plusieurs thématiques, qui vont bien au-delà du seul objectif du film, et qui font que ce dernier laisse en suspend un certain nombre de questions en jouant la carte de la suggestion.

Hé bien pour Interstellar, on peut considérer que Nolan part sur la même base, et attention, je ne parle que de la base ! Car là où Kubrick ne fait que suggérer les causes et les conséquences du voyage interstellaire de Bowman, à la fin du film, Nolan prend, lui, le parti délicat –voire dangereux, de tout expliquer. Tout ! Le spectateur qui sort du cinéma doit se dire : « D’accord, les faits sont là, il s’est passé telle chose, on sait pourquoi, et on sait comment ! »

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Il est évidemment impossible de ne pas comparer 2001 et Interstellar, deux oeuvres différentes qui regardent pourtant dans la même direction

Or, le tour de force de Nolan n’est pas seulement d’avoir rationnaliser un futur qui offre à l’humanité la possibilité de visiter d’autres mondes, c’est d’avoir réussi à non seulement nous expliquer les éléments scientifiques (que les scientifiques contestent ou non, il tente au moins une approche particulièrement réaliste !), de nous délivrer une mise en scène qui nous montre concrètement ce qui se déroule, en éludant le sens de la suggestion de Kubrick pour 2001, et surtout, il arrive à faire en sorte qu’à la fin du film, l’on se pose encore des questions non pas sur les non-dits du film, mais au contraire en voulant aller encore plus loin qu’il nous a menés.

A ce propos, les critiques reprochent à Nolan de paraphraser ce qui se déroule dans ses films, comme si le spectateur avait besoin d’une aide supplémentaire afin de ne pas se sentir trop dépassé par un scénario complexe. Au-delà d’une « assistance », je verrais déjà cela comme une mise en abîme à travers laquelle Nolan nous explique qu’à partir de ce moment du film, si vous ne comprenez pas que les choses se passent ainsi, alors vous ne pourrez apprécier l’ensemble du film comme je l’ai imaginé !

Dirigiste, me direz-vous ? Non, je pencherai pour un choix artistique ! L’auteur d’une œuvre est libre de nous livrer ou non son interprétation, et si Kubrick (j’en reviens à lui car il est le meilleur élément de comparaison dans cette critique) a décidé de nous laisser imaginer ce qu’il s’est réellement passé lors du voyage final de Bowman dans 2001, cela vaut tout autant qu’un Shyamalan qui nous guide dans le Sixième sens de telle façon que l’on parte sur une piste pendant tout le film, afin de déboucher sur la conclusion avec l’effet de surprise que nous lui connaissons.

Et que Nolan soit dirigiste sur sa décision de paraphraser ses films reviendrait à dire que n’importe quel réalisateur paraphrase son film en mettant une musique triste lors de la mort d’un personnage, estimant que le spectateur est trop con pour comprendre qu’il faut pleurer. Cette comparaison excessive est une façon pour moi de vous démontrer que parfois, certaines critiques oublient qu’un film doit être vu comme une œuvre, qu’elle soit bonne ou mauvaise, mais je reconnais aussi que cette même critique reprochée à Nolan est toutefois tempérée, en règle générale, car éclipsée par les multiples qualités de ses films !

Bref, après cette longue digression, j’en reviens au cas du paraphrasé de Nolan : dans Interstellar, en fait, qu’on le lui reproche ou non, la paraphrase y est parfaitement intégrée, car c’est une très bonne façon pour lui de rationaliser les théories qui tournent autour de l’exploration spatiale.

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Interstellar reprend à 2001 le principe de rotation permettant au vaisseau de créer une gravité artificielle

Je pense notamment à une scène, dans laquelle Cooper explique avec précision une manœuvre qu’il s’apprête à effectuer avec une navette. Et mine de rien, une fois que l’on voit la manœuvre, dans notre tête, cela paraît clair et normal, sans que l’on se dise « mais c’est n’importe quoi ce qu’il a fait ? », hé bien non, vu que le personnage nous explique son objectif, ses actes sont donc non seulement justifiés de manière (quasi) réaliste, mais ils s’encadrent d’une cohérence qui évite la surenchère d’effets spéciaux injustifiée.

Allez, je prends un autre exemple : vous rappelez-vous la fin de Jurassic Park 3 ? Oui, Jurassic Park 3 ! Hé bien, au risque de spoiler (et encore, ce n’est pas vraiment un spoiler car cela ne dévoile quoique ce soit des éléments clefs de l’intrigue), il y a une sorte de débarquement final sur l’île où se déroule le film, qui ne sert…strictement à rien. Juste un prétexte qu’a eu le réalisateur pour dire « allez, on va faire une scène de fou pour clore le final, que je trouve légèrement en demi-teinte ».

Une scène ou un élément qui surgissent brusquement dans un film sont un pari risqué du réalisateur, en ce sens que là où lui peut voir une sorte de deus ex machina, le spectateur va voir une façon d’emprunter des raccourcis douteux pour les mener là où le réalisateur veut les mener.

Or, le paraphrasé de Nolan dans ses films, que je ne trouve pas si choquant que cela, est une façon d’empêcher ce genre de supposition. Il vient nous rappeler qu’il maîtrise son film de A à Z, et que chaque acte est expliqué de manière rationnelle, même dans un film de science-fiction, ce qui constitue d’ailleurs un renforcement de l’immersion, en ce sens que l’on a envie de croire que ce qui se passe est possible et même à portée de main ! Reste que cela peut être à double tranchant, de vouloir maîtriser tous les aspects de son film sans laisser au spectateur la possibilité d’une interprétation. Fort heureusement, le film a un potentiel suffisamment vaste pour nous permettre de nous poser des questions après le visionnage du film.

Au-delà du scénario qui se voit adopter une ligne conductrice simple mais complexifiée par une mise en scène remarquablement maîtrisée, l’histoire pourrait se structurer en deux grandes parties basiques : la partie qui se déroule sur Terre et celle qui se déroule dans l’espace.

Toute la première partie du film est donc consacrée à la vie sur Terre. Nolan nous montre un monde post-apocalyptique de manière pudique. Les gens vivent leur petite vie, Cooper nous fait remarquer également que l’humanité s’est toujours adaptée, alors même s’il n’y a plus le confort d’antan, chacun vaque à ses occupations, Cooper gère une ferme, les enfants vont à l’école, il y a même des moments de loisirs comme ce match de base-ball, interrompu par une tempête de sable (le Dust Bowl ayant inspiré Nolan pour recréer cette ambiance de fin du monde). Mais là encore, pas d’affolement, pas de sensationnel ni de destruction à la Bay ou Emmerich ! Non, les gens se couvrent le visage et rentrent calmement chez eux.

On est loin des codes du genre que l’on retrouve dans les films type post-apo, qui s’ils ne sont pas bien utilisés, sombrent dans le cliché proche du nanar.

Et c’est finalement plus triste de montrer de manière si réaliste une telle « fin du monde », car cela signifie que, en dépit de trouver une solution, l’humanité s’adapterait à sa propre misère, et c’est ce qui parvient à nous transcrire une ambiance particulièrement réussie, car immersive.

De plus, au-delà du contexte, Nolan s’intéresse plus particulièrement aux liens familiaux, qui représentent finalement le seul pilier faisant face à la précarité de la vie. Le film tourne d’ailleurs autour de la relation entre Cooper et sa fille, qu’il va devoir laisser sur Terre avec le frère et le grand-père, mais il est bien évident que c’est cette relation entre père et fille qui représente le cœur même du drame, et c’est d’ailleurs peut-être sur ce point que l’on pourrait reprocher à Nolan de trop nous orienter, quitte à éclipser les relations entre Cooper et son fils, par exemple.

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Cependant, il y a dans le film un parallélisme évident entre les relations qu’ont Cooper et sa fille, et celles entre le professeur Brand (Michael Caine) et sa fille Amelia (la décidément géniale Anne Hathaway). Il a été reproché au film que cette relation entre père et fille ait été mise de côté, alors qu’au contraire, j’ai aperçu là, une fois encore, le génie de Nolan à l’œuvre, et nous en revenons à 2001, Odyssée de l’espace, pour que vous compreniez ma démonstration :

Dans 2001, au cours du voyage vers Jupiter, l’intelligence artificielle HAL tue les scientifiques en hibernation. A ce moment du film, nous ne connaissons rien du tout de ces personnages, nous ne les avons jamais vus, jamais entendus, et leur mort est filmée de manière clinique, sans qu’aucune émotion ne puisse s’emparer de nous. Trivialement, je pourrais même dire qu’on s’en fiche de leur mort !

2001, un film insensible ? Que nenni, malheureux ! Car au contraire, lorsqu’il s’agit de la « mort » de HAL, on en aurait presque les larmes aux yeux, à l’écouter supplier Bowman de l’épargner, et se mettre même à chanter une toute dernière fois avant son extinction définitive (préférez d’ailleurs la VO, où il chante Daisy Bell que la VF où on a droit à Au clair de la Lune). Un moment particulièrement émouvant !

Le génie de Kubrick aura donc été de nous émouvoir pour un robot alors que peu de temps avant, nous avons assisté insensiblement à la mort d’êtres humains.

Alors, pour en revenir à Interstellar, reprenez le même raisonnement, mais appliquez-le, dans un contexte complètement différent, aux relations entre père et fille :

D’un côté, nous avons la tendresse et le débordement d’émotions entre Cooper et sa fille Murphy, autour desquels tourne le film, sans jamais vraiment tomber dans la mièvrerie stéréotypée des séries et films américains.

De l’autre, nous avons une relation froide, distante, entre Brand et sa fille Amelia, deux scientifiques qui ont la tête sur les épaules, qui sont pragmatiques et ont su (avec plus ou moins de succès) sacrifier leur relation au profit du sauvetage de l’humanité. Pour ces derniers, est-ce d’ailleurs leur amour qui est sacrifié, ou simplement leur relation ?

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La seconde partie du film nous relate l’expédition dans laquelle se sont engagés Cooper, Amelia Brand, deux  autres scientifiques ainsi que deux robots qui, loin d’atteindre le degré de réflexion que soumet HAL dans 2001, se voient attribués d’une gestion plus particulière des émotions, car dirigées (hé oui, dirigiste, ce Nolan, hein ?) par un système de dosage qui nous offre quelques moments d’humour.

Il s’agit bien entendu de la partie tant attendue et pourtant, j’ai pris énormément de plaisir à regarder celle se déroulant sur Terre, à un point qu’elle aurait pu elle-même faire l’objet d’un véritable film à part entière. Du grand travail, M. Nolan ! D’ailleurs, la transition (oui, je sais, tous les connaisseurs le savent, mais merde, quelle maîtrise !) entre le déchirant départ de Cooper, qui laisse sa famille derrière lui (référence à La prisonnière du désert) et le décollage de la fusée (2001) est somptueuse, magnifiquement mise en scène avec ce changement soudain de couleurs, d’ambiance et de style : nous sommes désormais dans l’espace, et un long et passionnant voyage nous attend ! Une cassure presqu’aussi brutale que la transition entre la tentative d’assassinat soudaine sur Holden et la plongée sereine au coeur de la ville dans Blade Runner, la violence en moins.

Il me sera difficile de vous raconter les évènements qui se déroulent au cours de leur exploration, car le plaisir de la découverte s’appréciant dans son ensemble, il serait fort dommage de le gâcher en dévoilant des éléments de l’intrigue.

Mais sachez que techniquement, Nolan sait décidément retranscrire une ambiance, quel que soit le film, qu’elle soit à Gotham City, à Paris ou dans un autre monde ! Et dans Interstellar, tout, tout est là pour nous dépayser, nous faire ressentir le frisson de l’inconnu et du mystère, avec une maîtrise ahurissante de l’image, du montage et du cadrage, mais aussi n’oublions pas la partition sensationnelle de Hans Zimmer ! Dites-vous par exemple, que le passage dans le « trou noir » (ou ce qui s’y apparente !) est tellement saisissant qu’on a réellement l’impression d’être dans le vaisseau. Pour cette séquence vertigineuse, pas de musique, juste le bruit de la carlingue. Je peux vous dire que j’ai frissonné et que j’avais même comme une boule au ventre tellement j’avais l’impression d’être du voyage !

Par ailleurs, il ne s’agit pas seulement d’un film qui se contente de nous guider d’un début à une fin, et c’est la où le génie de Nolan fait encore effet. Car une fois terminé, et c’est surtout dans sa partie spatiale qu’il y a matière, il soulève des pistes de réflexions qui nous font encore réfléchir. C’est d’ailleurs ce qu’il manquait à Contact de Zemeckis pour devenir un véritable chef-d’œuvre, car ce que j’ai reproché à celui-ci, c’est justement qu’une fois terminé, on n’a pas spécialement quelque chose à dire. Le film nous emmène d’un point A à un point B, de fort belle manière et, une fois encore, avec une histoire simple sublimée par une mise en scène solide, mais une fois arrivé au point B, on se dit « d’accord, c’est comme ça, alors ! » et c’est bien dommage !

Je ne vais pas pouvoir m’étendre davantage sur le sujet, au risque de vous révéler des éléments importants de l’intrigue, je le répète.

Par conséquent, il me reste à vous parler un peu des acteurs :

McConaughey interprète Cooper, le personnage central. Oui mais fort heureusement, comme Nolan a l’habitude de nous montrer, tous les rôles apparaissant à l’écran sont bien travaillés, utiles et évitent de sombrer dans le stéréotype. Ici, il interprète superbement, un père de famille, ancien pilote de l’air. Sans trop en faire, il joue juste, et son rôle est particulièrement bien composé : à la fois intelligent, fin et très sensible, le dosage de ses qualités comme de ses défauts font de lui un héros humain, comme ça fait plaisir d’en voir.

Dans le genre « subtil », ça change de Michael Bay qui, pour Mark Walhberg dans Transformers 4, se contente de dire : « c’est bon, pour lui donner un côté humain, on va dire qu’il a pas de fric et qu’il envoie des vannes à sa fille. Par contre, pour survivre à un crash de vaisseau alien, il peut le faire ! Ta gueule, je suis Michael Bay ! »

Bref, je m’égare ! Matthew McConaughey assure à merveille, et nous prouve une fois de plus qu’il est capable de se glisser dans n’importe quel rôle (surtout après sa géniale prestation dans True Detective !).

Nous avons aussi la ravissante et pertinente Anne Hathaway qui, dans son genre, est aussi un véritable petit caméléon. Quel que soit le rôle que l’on lui donne, elle s’investit à merveille, et il est étonnant de la voir passer d’un film à l’autre avec autant de souplesse, aussi bien après Le diable s’habille en Prada que Alice ou encore, l’un de ses meilleurs rôles à mon goût, la sublime Catwoman de Dark Knight Rises, subtilement féline ! Elle joue le rôle d’Amelia Brand, la fille du professeur, celle qui d’ailleurs vit une relation bien plus distante avec son père que les Cooper.

Et puisque l’on parle des Cooper, comment passer à côté de la performance très touchante de Jessica Chastain, actrice de grand talent qui, selon moi, promet d’atteindre des sommets que côtoient de rares actrices telles que Meryl Streep et la divine Cate Blanchett ! Interprétant le rôle de Murphy adulte, elle est celle sur qui repose l’intrigue sur Terre dans la seconde partie du film, et honnêtement, très honnêtement, il est arrivé plusieurs moments où son jeu m’a fait frissonner, tellement elle est convaincante de spontanéité !

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Je ne vais pas m’arrêter sur tous les acteurs, mais il est difficile aussi d’oublier Michael Caine, fidèle à Nolan et inversement, car même s’il n’a plus ses preuves à faire, je suis toujours ravi de revoir cet acteur que j’adore particulièrement, et que j’avais découvert, quand j’étais plus jeune, dans deux films : The Italian Job (l’or se barre en VF), le seul le vrai ! ainsi que Le plus escroc des deux de Frank Oz (oui oui, le doubleur de Maître Yoda, je précise).

D’autres bons acteurs viennent compléter le casting, comme Topher Grace (dont j’aurais aimé voir la carrière décoller), Casey Affleck, Matt Damon (excellent acteur bien sûr, mais quel choix étrange de la part de Nolan !), il y a même un petit rôle pour William Devane (vous le connaissez sans doute pour son rôle de James Heller dans 24).

Mais j’apporte une attention particulière à l’acteur John Lithgow, qui interprète avec discrétion et justesse le père de Cooper, que vous avez sans doute vu dans la dispensable suite de 2001 : 2010, l’année du premier contact, elle-même pourtant adaptée du livre de Arthur C.Clarke, comme 2001, ce qui ne l’empêche pas d’être un excellent acteur, que l’on aimerait voir plus souvent (il est amusant de constater qu’en version française, son doubleur est Patrick Préjean, doubleur certes reconnu, mais dont on a tendance à oublier le rôle dans…le gendarme et les extraterrestres !!! Il fallait le placer, celui-là, dans un article sur Interstellar !)

Conseil minute : A propos, si je puis me permettre, si vous connaissez C.Clarke, vous connaissez sans doute son autre saga culte, Rama, mais je vous conseille de donner sa chance à une autre de ses sagas, Base Vénus, en six tomes. Ne vous laissez pas trop influencer par les critiques mitigées que vous trouverez sur le Net, qui s’adressent essentiellement aux fans absolus de L’odyssée de l’espace, elle en vaut vraiment la peine !

04Ouf ! Un réalisateur de génie, des grands acteurs, un bon compositeur qui a enfin réussi à nous offrir la quintessence de son talent, de la science-fiction, de la réflexion, de l’émotion, des frissons et du mystère…que dire d’autre ? Nolan nous offre décidément le meilleur de lui-même et il est de ceux qui parviennent à renverser la tendance tant crainte par Spielberg et Lucas, selon laquelle les vrais bons films ne vont plus marcher comme avant, car n’oublions pas que, du haut de ses 660 millions de dollars de recette mondiale, Interstellar n’est, comme Inception, ni adaptée d’une licence connue, ni une suite ni un préquel, ni un reboot, ni un film de super-héros, ni un film tiré d’un livre à succès. Rien de tout cela.

Interstellar, c’est un film, un vrai ! C’est du cinéma, et un désir enfin justifié de découvrir un film à grand spectacle en salle, sans que l’on ait besoin de le voir en 3D.

Merci Nolan ! Comme je le dit après chacun de vos films, il sera difficile de faire mieux, mais là, vous vous êtes vraiment placé la barre très haut !

Bien à vous,

Hyperion_Seiken

PS : vous remarquerez qu’il manque probablement des comparaisons évidentes – je pense notamment à Solaris, tout autant que j’ai évité de trop rentrer dans les détails du scénario, dans la seconde partie du film, car même si j’aurais pu faire une critique complète, qui dévoile notamment le dénouement, j’ai préféré me concentrer sur les qualités apparentes du film pour vous offrir, je le redis, le plaisir de la découverte, car selon moi, toute la partie spatiale doit se déguster au gré des images, du son…et de la mise en scène.

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