Ghost in the Shell, chronique d’une mort annoncée ?

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Le Ghost in the Shell de Mamoru Oshii est l’un de mes films préférés.

Et si j’ai décidé de faire un article dessus, c’est pour extérioriser toute la colère qui est en moi car, vous le savez sans doute, une version LIVE (c’est-à-dire prises de vues et acteurs réels) est prévue pour 2017.

Cette version nous réserve tout un programme :

– Scarlett Johansonn dans le rôle titre…

– Rupert Sanders à la réalisation.

Et rien que sur ces deux noms, rien ne va, tout cloche, et je vais vous expliquer pourquoi.

En premier lieu, je dois vous parler de Ghost in the Shell, film d’animation sorti en 1995 et réalisé par Mamoru Oshii.

Il s’agit là de l’un de mes films préférés et pourtant, la première fois que je l’ai vue –au cinéma en plus ! je n’ai pas été plus séduit que cela. Ne vous méprenez pas, je ne parle aucunement de ses innombrables qualités visuelles ou encore de son inoubliable musique, composée par Kenji Kawai, à qui l’on doit également la musique de…Juliette je t’aime et Ranma 1/2 !

Aoutch !

Non, mais vraiment, écoutez la BO de Ghost in the Shell, vous verrez que ça envoie du steak !

Un exemple :

Ce n’est donc pas dès le premier visionnage que le film m’a séduit, tout simplement parce que, à cette époque, déjà, je lisais le manga, superbement dessiné par le fripon Masamune Shirow (que j’avais découvert avec Appleseed, dont je suis fan, alors attention !), et j’avais relevé plusieurs points négatifs dans le film :

– Le premier étant l’apparence des personnages, en particulier de Motoko Kusanagi, l’héroïne. Dans le film, Mamoru Oshii lui a –volontairement sans doute, attribué une apparence mature, contrairement au manga, où elle adopte davantage un caractère type action-girl mignonne, comme les mangakas aiment si bien les dessiner, surtout Shirow, qui a désormais sombré dans le côté obscur de la force en préférant désormais se consacrer au dessin érotique (pour ne pas dire hentai, vu qu’il tente tout de même des approches artistiques du sujet ^^).

Voyez plutôt, Motoko dans le film de Mamoru Oshii :

Motoko 1995

Et Motoko telle que son créateur, Masamune Shirow, l’a imaginée :

Shirow2

BREF !

– Second point, Shirow accorde une importance capitale au contexte géopolitique dans lequel ses œuvres évoluent, au point de devoir faire de trèèèèès longues tirades explicatives. Néanmoins, pour des raisons évidentes liées au support cinématographique, il est délicat d’en aborder le centième du contenu, mais le film ne fait que survoler très brièvement le sujet, pour se concentrer sur l’histoire principale. C’est donc un semi-reproche.

Bomp– Et puis dernier point, que je reproche à TOUTES les adaptations japonaises de licences connues, c’est de devoir systématiquement faire un film qui supprime toute trace d’existence d’un terme pourtant rependu que l’on appelle : l’humour ! Sérieusement, comme à chaque fois qu’ils doivent adapter une licence connue, ils se sentent obligés de retirer ce qui pourtant, est rattaché à nombre de ces œuvres, comme s’ils voulaient nous dire « hé, regarde ce qu’on a fait, tu observes en silence, c’est du sérieux, là ! » Or, lorsque vous lisez le manga de Shirow, il n’y a pas une page où la dérision n’est pas présente !

Après tout cela, pourtant, Ghost in the Shell est devenu l’un de mes films préférés, car j’ai pris ces arguments à l’envers :

Le changement d’apparence des personnages ? Oui, car même s’il s’agit d’un film d’animation, le public visé ne s’arrête pas au Japon (où à l’époque, le phénomène des mangas n’était pas encore très développé), et il faut sans doute que l’apparence de Motoko s’occidentalise pour plaire au plus grand nombre. A dire vrai, je ne connais pas les vraies raisons, mais j’ai su passer outre, dans la mesure où tous les autres personnages sont fidèlement représentés.

Le contexte géopolitique ? En une heure et demi, il n’est pas question de brouiller les pistes et de partir sur plusieurs choses, au risque de perdre le spectateur en route. D’ailleurs, la ligne conductrice du film est tellement bien travaillée que l’on n’aurait pu imaginer autrement une adaptation d’une telle qualité ! La trame scénaristique est déjà assez complexe, et la réalisation est tellement maîtrisée que le background futuriste et sale se dessine à merveille au gré du déroulement de l’histoire.

Quant à l’humour, hé bien il est vrai que le genre cyberpunk ne s’y prête pas non plus, et il aurait été déplacé, par rapport au travail de Mamoru Oshii.

Ghost in the shell plan connu

Vous assimiliez ce plan à Matrix, des frères Wachowski ? Erreur, Ghost in the Shell est passé par là bien avant !

Mais il m’a fallu beaucoup de recul pour apprécier cette œuvre, ainsi que plusieurs visionnages jusqu’à ce que, comme tous les autres, il devienne un indispensable, un de ceux qui me transportent aussi bien par le son que par l’image, et qui bénéficient d’une profonde cohérence entre le fond et la forme (mine de rien, c’est important !).

Si vous ne l’avez pas vu et que vous êtes un grand amateur de cyberpunk…je ne puis que vous le recommander.

Mais j’arrive à ce qui m’a poussé à rédiger cet article, à la fois hommage à l’œuvre d’Oshii et crainte pour l’avenir, c’est bien entendu le projet de film américain qui se profile pour 2017. Effort louable, puisqu’il s’agit de faire découvrir au monde entier (c’est-à-dire, aux Etats-Unis…oh, un sarcasme !) la passionnante et non moins complexe intrigue du manga de Masamune Shirow. Avant même la première image, et dès la phase de pré-production, des détails me choquent !

Première erreur fatale : Scarlett Johansonn dans le rôle de Motoko KusanagiHEM

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Là où des fans voient du racisme de la part d’Hollywood, dans le fait de privilégier une actrice occidentale plutôt qu’une asiatique, moi, j’y vois simplement…de la connerie !

Non, Hollywood n’est pas raciste (enfin du moins, pas pour ce projet). Je pense qu’il faut arrêter de se servir du racisme comme prétexte pour râler tout simplement parce que la substance à laquelle nous tenions sera modifiée…je le dis alors que je suis entrain d’écrire un article qui dénigre déjà un film pas encore sorti…oui, c’est un paradoxe !

Mais même si j’aurais bien entendu préféré une asiatique pour interpréter le rôle du major Kusanagi, je peux tout de même comprendre le choix d’occidentaliser les personnages, qui a pour vocation de plaire au plus grand nombre, j’entends par là le marché américain (et accessoirement, le reste du monde…oh, un autre sarcasme !). Par conséquent, on est d’accord, c’est un choix purement artist…économique !

Et puis les américains, vous le savez, quand quelque chose d’importé leur plait, ils le refont à leur sauce, pour le pire : Le Diner de cons, Neuf mois aussi, Taxi New York, My Father ce héros, et pour le meilleur : Man on Fire, Le Convoi de la peur (c’est Friedkin, quand même !), et…Un Indien à New York…non, je déconne !

Bref, si vous trouvez qu’il y a de quoi s’offusquer, allez déjà voir du côté de certains remakes douteux avant de vous arrêter sur l’occidentalisation des acteurs qui n’est que la conséquence naturelle de l’adaptation américaine d’une œuvre étrangère.

Donc, si nous mettons cela de côté, reste le choix complètement raté de Scarlett Johansonn. Oh oui, elle va permettre de brasser du fric, quand on voit à quel point le succès de Lucy (que je n’ai pas vu, je précise, je n’ai donc aucun avis, positif ou négatif, à donner sur ce film) a davantage reposé sur elle, et à quel point elle est omniprésente dans les Marvel (je pense au marketing autour de son personnage dans Captain America et le soldat de l’hiver pour tenter de rattraper le semi-succès du premier film, par exemple), elle est évidemment l’une des actrices les plus bankables d’Hollywood !

Par conséquent, Hollywood regarde avant tout ce qu’une actrice peut lui rapporter. D’accord, mais je vais le redire pour bien appuyer ma consternation :

Scarlett Johansonn dans le rôle de Motoko Kusanagi ! Une petite blonde dans le rôle d’une grande brune !

Je n’ai rien contre Johansonn, au contraire j’adore cette actrice. Je vous recommande d’ailleurs l’excellent Lost in Translation de Sofia Coppola, avec également le grand Bill Murray, et j’ai beaucoup apprécié ses performances dans Match Point et même le mal aimé The Island (de Michael BOUM AHAHAH Bay), et ce n’est en aucun cas son talent d’actrice que je critique, mais uniquement que le choix se soit porté sur elle et elle seule.

Vous n’allez pas me dire qu’il aurait été inenvisageable de confier le rôle à Jaimie Alexander, qui interprète Sif dans les Marvel, par exemple ? Ou même Stana Katic (oh sacrilège, une actrice de série !), la charmante Beckett de la série Castle, qui serait déjà un choix plus intéressant…

Stana Katic Wallpapers @ go4celebrity.com

Stana Katic aurait été un choix plus risqué mais plus conforme !

Mais tout s’explique, et quand vous avez l’impression de perdre le fil, rien ne vaut que de revenir à la source : le réalisateur, c’est…

Deuxième erreur fatale : Rupert Sanders !

Oui, celui qui a fait couler l’encre davantage pour sa relation sulfureuse avec Kristen Stewart que pour la qualité –très discutable mais pas si mauvaise que cela, du film Blanche-Neige et le chasseur, qui pourtant, avait un sacré potentiel ! En effet, de considérer dès le début que Kristen Stewart, jouant le rôle de Blanche-Neige, est donc plus belle que Charlize Theron, qui interprète la reine, est une grossière erreur !!! (bon, ce n’est que mon avis, mais ce n’est pas que pour cela que je pourrais critiquer ce film, hein !)

SnowWhite

Blanche-Neige et le chasseur

Par conséquent, dans le genre erreur de casting, Sanders n’en sera pas à son premier coup d’essai.

Car malheureusement, quand on croit que la foudre ne tombe pas deux fois au même endroit, on a tendance à oublier qu’elle risque de tomber à côté. Et après avoir livré une libre adaptation de type fantasy (audacieuse sur le papier, molle au final), Sanders va s’attaquer à l’américanisation d’une œuvre encrée dans la culture japonaise.

Seul point positif : en ce qui concerne l’adaptation des mangas par les américains, la seule chose qui me réconforte est qu’il ne pourra pas faire pire que l’adaptation dégueulasse, puante et irritante de Dragon Ball, j’ai nommé : DragonBall Evolution !DBE

Oui…ça !

Bref, sans dire que Rupert Sanders est une erreur totale, je ne suis pas non plus emballé par ce choix qui, couplé à Scarlett Johansonn, nous promet un simple divertissement et qui par conséquent, ne sera ni un film culte, ni un véritable hommage à l’œuvre originale, comme elle en mériterait pourtant !

A moins d’un miracle…

Bien à vous,

Hyperion_Seiken

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