[MANGA] A silent voice – Tomes 1 et 2

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Bonjour à tous,

Je vous propose une critique des deux premiers tomes de A Silent Voice, un manga poignant qui aborde des thématiques délicates avec un regard qui peut se montrer aussi tendre que cruel, puisqu’il traite notamment du harcèlement à l’école mais aussi et surtout du handicap et du regard des autres. Bouleversant !

A Silent VoiceKoe no katachi en version originale, est un shonen de Yoshitoki Oima, très prometteuse quand on voit la qualité du dessin et la maîtrise de la narration ! Les deux premiers tomes sont disponibles en France, dsitribués par Ki Oon, qui a décidément du flair pour les belles histoires, et le troisième arrive en mai. Un total de sept tomes est prévu au final, tous déjà sortis au Japon, ce qui me permettra, comme pour Your lie in april, d’avoir rapidement une collection complète.

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Affiche promotionnelle Ki Oon

A l’instar de Your lie in april, c’est ma curiosité qui m’a poussé à tenter l’expérience A Silent Voice, sans en avoir jamais entendu parler auparavant, et en connaissant tout juste son pitch de départ. A mesure de ma progression dans l’histoire, je me suis rendu compte que je suis tombé sur quelque chose d’unique, où le génie côtoie l’émotion. La trame de fond est particulièrement grave, surtout dans le premier tome, qui traite froidement du harcèlement dans le milieu scolaire.

Et ce premier tome commence à l’époque où le personnage principal, Shoya Ishida, est au CM2, et voit arriver dans sa classe une nouvelle, Shoko Nishimiya, qui n’est pas comme les autres puisqu’elle est atteinte de surdité. Entre déni et curiosité malsaine, Shoya en fait rapidement son souffre-douleur, et paradoxalement son obsession ! Et durant tout le tome, on assiste à une « mise à mort sociale » si je puis dire, de la pauvre Shoko qui pourtant, de son côté, est celle qui redouble d’efforts pour se faire accepter par les autres.

Mais ce qui commence comme une série de blagues faisant rire les camarades de Shoya va forcément dégénérer ! Et quand je dis « dégénérer », je suis gentil ! L’enchaînement des situations atteint un tel pic d’intensité dramatique qu’on en arrive nous-même à éprouver un profond mépris pour ce sale gosse, à un point que l’on ne lui pardonne même pas qu’il ne soit qu’un enfant ! L’auteur est décidément brillante en ce sens qu’elle parvient parfaitement à maîtriser l’environnement émotionnel qui entoure cette histoire.

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Cet extrait n’est pas de mon fait, je l’ai trouvé sur le net mais je le trouve représentatif de la souffrance et l’humiliation ressenties par Shoko

Et finalement, comme si nos prières avaient été exhaussées, un véritable retournement de situation va transformer le bourreau en victime, et toute sa méchanceté -que lui-même ne parvient pas à interpréter comme telle, renfermé dans la fausse route qu’il s’est lui-même tracée, va finalement retomber sur lui. Ses camarades qui, autrefois, riaient de ses mauvaises blagues, le voient désormais comme le coupable, car il en faut bien un !

Résultat : Shoya devient un solitaire, celui avec qui on ne doit pas sympathiser et cela jusqu’au…lycée !!!

Hé oui ! Un long hiatus nous propulse directement du CM2 au lycée, où l’on retrouve ce Shoya, toujours aussi détesté par ses camarades, mais qui aujourd’hui, semble porter silencieusement sa croix et s’isoler des autres. En arrive-t-on à le plaindre ?

Presque car, d’une certaine manière, l’auteur se focalise souvent sur les pensées du personnage, et il est intéressant de noter dès la transition, un profond changement de comportement, dû principalement au mal qu’il a fait étant enfant. Donc, plutôt que de le plaindre, on en arriverait presque à compatir !

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Obsession ou peur de la différence ?

Une vie triste, une mère qui a perdu toute estime de lui mais qui continue de préserver tout son amour tant qu’elle le peut, c’est sur une note particulièrement amère que l’on pourrait terminer l’histoire. Et visiblement, c’était même prévu au départ, car A Silent Voice ne devait constituer qu’un One-Shot.

Or, un évènement totalement inattendu va à nouveau bouleverser la vie de Shoya, peut-être pour son propre salut, puisque, au fond du gouffre, il va tomber tout à fait par hasard sur Shoko, la malentendante, maintenant une belle jeune fille, qu’il a autrefois martyrisée. Et c’est là que commence la véritable histoire et que l’on se rend compte que le premier tome était une mise en place particulièrement huilée, relevant presque du génie tellement cette transition se montre fluide et spontanée, malgré le hiatus !

Car à l’origine, qu’est-ce que A Silent Voice ? C’est justement l’histoire de Shoya et de Shoko. Une histoire d’acceptation de la différence, et aussi une histoire de rédemption.

J’ai pris beaucoup de plaisir à lire le manga, à un point que, m’étant promis d’essayer de savourer au mieux les deux tomes, je n’ai pas pu m’empêcher de tout lire à la suite. Un manga pour tous les âges, que je trouve d’ailleurs bien plus pertinent dans son approche du harcèlement en milieu scolaire que la campagne Agir contre le harcèlement à l’école, un peu trop carrée et cherchant trop de réalisme au risque d’en devenir caricatural.

Je termine donc par une petite digression, car je pense qu’une histoire telle que A Silent Voice est une meilleure approche pour les adolescents en ce sens que le harcèlement est traité dans une culture différente de la nôtre et qui, pourtant, est parfaitement identifiable. Or, nos spots télévisés, même pavés de bonnes intentions, ne font ressortir que la peur d’être harcelé et si seulement les victimes parviendront à s’identifier à travers ces clips, leurs bourreaux, eux, n’y arriveront pas tout simplement parce que leur point de vue n’est à aucun moment montré, leur identification leur est donc impossible !

Dans le manga, le premier tome nous offre justement le point de vue du bourreau et il est intéressant de suivre son cheminement, puisque l’on voit très bien qu’il ne voit pas le mal qu’il fait et qu’au contraire, il masque l’obsession qu’il a pour cette enfant différente en se défoulant sur elle. cette incompréhension n’est pas excusable, bien entendu, et comme je l’ai évoqué, il paie le prix fort ! Mais au moins, son point de vue est traité avec tant d’attention de la part de l’auteur que l’identification du bourreau est plus significative et donne un complément de définition au harcèlement pour le lecteur que le fait de se concentrer exclusivement sur l’isolation de la victime.

Non, Yoshitoki Oima fait ce tour de force de nous montrer les causes et les conséquences du harcèlement, avec un équilibre maîtrisé, ce qui fait de A Silent Voice, en plus d’être une histoire passionnante à lire, une brillante analyse des thématiques abordées.

A Silent Voice est un manga dont les deux premiers tomes sont déjà disponibles, au prix de 6,60 EUR.

Bien à vous,

Hyperion_Seiken

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